Manifestation de la Confédération Européenne des Syndicats

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Ce 4 avril, nous étions près de 50’000 personnes, pour la plupart syndicalistes, venus des quatre coins de l’Europe à l’appel de la Confédération Européenne de Syndicats (CES) pour dénoncer les politiques d’austérité et revendiquer une nouvelle voie pour l’Europe.

Ce fut une belle mobilisation qui devrait servir à la construction du rapport de force nécessaire pour imposer cette Europe sociale dont le grand patronat et l’Union Européenne ne veulent pas. Cependant, cette manifestation, même massive, pourrait ne pas être à la hauteur de ce qui se joue à l’heure actuelle.

L’Europe en mutation

Depuis l’éclatement de la crise, le monde ouvrier fait face à des attaques sans précédents dans tous les pays d’Europe : attaques aux acquis sociaux (pensions, droit au chômage), remise en question de la concertation sociale, baisse des salaires, etc...

Le mouvement ouvrier (ni aucun autre d’ailleurs) ne semble aujourd’hui en capacité d’arrêter seul cette machine infernale. Or le temps est compté : au rythme où les reculs sociaux se produisent, le cadre économique, social et politique de notre société aura bientôt profondément changé : précarité, pauvreté et chômage de masse; droits sociaux, économiques et civiques rabotés; répression accrue des mouvements sociaux, des grèves et des résistances ; autoritarisme renforcé, etc.

Pour les organisations membres de l’Alter Summit, il s’agit de prendre la mesure de ce changement profond qui s’opère en Europe, de l’anticiper et d’en analyser l’implication pour le futur des luttes, le futur du mouvement ouvrier et plus largement des mouvements sociaux, et en fin de compte le futur de notre planète.

L’avenir du mouvement syndical

Pour le mouvement syndical c’est un défi gigantesque... Les syndicats, partout en Europe, sont confrontés aux questions comme le financement des organisations, la démocratie interne et la participation, les stratégies et moyens d’actions à privilégier. La participation active des travailleurs et travailleuses, l’intelligence collective, devront jouer un rôle moteur. Aux directions syndicales le rôle de proposer des objectifs concrets, de nouveaux moyens d’action, une stratégie claire, une vision d’avenir. Au sein d’Alter Summit, nous sommes persuadés que l’unité d’action avec d’autres secteurs de la société devrait être au centre des préoccupations : les adversaires des droits sociaux en Europe sont aussi ceux qui menacent la liberté de la jeunesse, les droits des femmes, des migrants, la souveraineté alimentaire, etc.

Les « violences » de certains participants de la manifestation (les dockers anversois se sont affrontés aux forces de l’ordre) expriment une rage qui grandit au sein du mouvement ouvrier. Face aux reculs sociaux, au déni de démocratie dans l’UE, cette rage est légitime et peut-être même salvatrice si les organisations du mouvement ouvrier peuvent lui donner un sens, des perspectives.

Les travailleurs et travailleuses cherchent des solutions. Presque partout, les partis qui se prétendent « de gauche » ont profondément déçu, et les travailleurs se sentent souvent non représentés dans les parlements. La montée de l’extrême droite est à ce titre révélateur... et inquiétant. A nous de changer cet état de fait !

Par Sebastian Franco, Alter Summit
Lire le Manifeste d’Alter Summit